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12.02.2008

DERRIÈRE LE TÉLÉPHONE

J’ai un frère. Un vrai frère. Un seul. Le frère biologique. Et, presque miraculeusement, on s’entend plutôt bien. Différents, ça, oui, très différents. Quoique, à y bien regarder…mais, oui dissemblables, presque contraires, allez savoir. Unis dans les mauvais moments, il y en a eu. Opposés, parfois, comme tous les frères, depuis Abel, l’emmerdeur, et Caïn, le maniaco-dépressif. En passant par la Thébaïde, et les fils d’Oedipe. Et tout le catalogue de toutes les mythologies.
Alors ? Eh bien, ce qui nous distingue, ne serait-ce pas ce qui distingue les incertitudes ? Ou le poids du passé ? Des souffrances, et des manques ? Comment devient-on, ainsi, indifférent ? Comment apprend-on – et l’apprend-on ?- à se délier de toute obligation commune ? Par exemple, si je t’appelle au téléphone, tu n’es pas là, je te laisse un message, oh non, pas une bouteille à la mer, juste un message, fraternel, je sais que tu l’écoutes – et encore –, que tu l’apprécies. Et tu réponds ? Et tu rappelles ? Si tu y penses. Mais qui chantait : j’y pense et puis j’oublie ? Claude François, non ? On pourrait parler des impératifs catégoriques, des lois morales, non, pas celles des pères la pudeur, des confits en dévotions civiles, mais les vraies lois morales, allez, un petit coup de pédantisme, ce qui se rapporte à l’éthique. Tout ça pour un coup de téléphone sans réponse ou sans rappel ? Oui, c’es tout le tissu de la vie communale, de la vie commune, de la vie fraternelle.
Il y a longtemps, avant l’âge de la Toile, quand les idées se rencontraient à tous les coins de rues et d’écoles, en liberté et en joie, on était tombé – pas tout à fait par hasard, quand même !- sur un fabuleux petit livre, lu et relu, commenté avec des élèves d’une autre ère, dans un autre lieu où régnait quand même encore l’esprit et la volonté. C’était Micropsychologie de la vie quotidienne. L’auteur s’appelait Abraham Moles. Et au delà de l’humour, de l’apparente insignifiance, il y avait ça, tout ce quI donne du sens et de la joie, ou son contraire, à tous ces petits gestes, ces brefs moments, ces riens de la vie quotidienne. Un coup – mais pourquoi coup ? – de téléphone qui ne trouve pas son correspondant. Et alors, le monde devient un peu discordant, disharmonieux. Alors, il y a comme une fêlure dans la fraternité. A peine. Allez, c’est donc ça, la vie simple.

Commentaires

Juste 2 petites remarques, sur la pointe du coeur: il est souvent hasardeux d'interpréter les silences. Et on ne peut pas demander aux gens ce qu'ils ne peuvent pas vous donner.

Ecrit par : ariane | 14.02.2008

à quoi sert le téléphone? c'était un peu la question ( si question il y avait...)
et bises!

Ecrit par : angoustrine | 14.02.2008

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