27.01.2008

SACRÉ CHARLEMAGNE

Et si, en fin de compte, alors que sont remplis gazettes et journaux où sévissent
d’impuissants folliculaires de rodomontades ou d’ineptes élucubrations sur un supposé
malaise de l’école claironné par de soi-disant experts plutôt enclins à la plus extravagante
vaticination, son rôle fondamental était d’apprendre à dire bonjour ? Ne serait-ce pas la
question à se poser dès lors qu’on fait métier et tâche d’éducateur patenté et sans tache,
voire de pédagogue, quand bien même galvaudé soit ce mot parmi tous les maux
d’une si décriée époque ? Ainsi, apprendre à dire bonjour, c’est apprendre à ne pas
être seul au monde, c’est voir en l’autre, non pas la ressource humaine que l’on
manipule à loisir, à souhait et trop souvent à mauvais escient, mais la source où chacun
de nous puise à foison ses savoirs, ses valeurs, son identité, ses émotions, quels qu’ils
soient et quelque intimes et indicibles qu’ils puissent être.
Alors, toute la scolarité ne devrait-elle pas s’organiser autour de cet essentiel
apprentissage ? Ce principe initial - syntagme qui est déjà un pléonasme, mais que l’on
s’autorise pour plus d’efficience et de clarté- ne s’enseigne peut-être pas
au cours de leçons particulières, fussent-elles dispensées à quiconque avec le plus
d’humilité possible et la plus haute volonté. Mais il donne son sens à toute la formation,
à cette entreprise d’élévation en prétendue gratuité dans ce trop mercantile univers. Nous
sommes alors bien éloignés des simples leçons de morale. Il s’agit d’un projet
pédagogique, d’une aventure éthique, d’une vision commune qui imprègnent l’ensemble
des disciplines et visent avant tout à apprendre la reconnaissance de l’autre,
que l’on peut aussi communément appeler le respect. Donc, dire bonjour, serait-ce
la clé de voûte de la réussite scolaire, la pierre philosophale de la bonne école ?