17.12.2007

La communale

Donc, ça commence à s’agiter ferme, dans les petites mares aux crocodiles de nos clochemerlesques communes. Si, dans les villes, on a sorti les bazookas et affûté les crocs de boucher, on n’est pas en reste dans les petits villages, où l’escopette et le piège à loup (louve) feront encore bon usage. Les « municipales », c’est la guerre picrocholine dans la plupart des hameaux de France et de Navarre. Et qu’est ce qui fait donc courir tout ce monde vers cet aréopage municipal ? L’argent ? Peut-être ! Mais la galette n’est pas si grande, la meilleure part revient au premier magistrat et à ses adjoints, et il ne reste que quelques miettes pour les édiles ordinaires. Le pouvoir ? Quel pouvoir, quand on sait qu’une commune se dirige avec un maire et un secrétaire de mairie, et qu’au-dessus il y a le préfet, les présidents de communauté, de département, de région et de ceci et de cela. Et puis régner sur quoi ? Et sur qui ? Nous sommes en République, tout de même, et un village reste un village. Les prébendes, les privilèges, les passe-droits ? Qui sait ? Peut-être… mais ne tombe-t- on pas alors, au choix, dans le délit d’initié ou l’abus de bien(s) social(aux)? Les réponses sont peut-être dans les questions. Quoiqu’il en soit, c’est la course à l’échalote et la foire d’empoigne, et l’on s’ébaubit, quand on révère Diogène : ôte-toi de mon soleil !

16.12.2007

Soupe

Voici venu le temps des grandes manœuvres. Contournements, détournements, et tours de garnement. Dans toutes les communes de France, on attend ça avec plus de gourmandise que les Jeux Olympiques : les élections municipales. Qui va être le Seigneur du château pour le prochain sextennat ? Et vas-y que ça suppute, ça grenouille, ça négocie, ça mégote, ça stratégise à qui mieux mieux. Pour – promis, juré, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer- la défense des intérêts communaux. Ceci posé, on élabore, on élucubre, on échafaude, dans des arrière-salles : comment monter une liste, comment réunir autour d’une tête de liste quelques fidèles suivants, qui, s’ils ne sont pas la tête, peuvent alors fort bien faire usage de bras ou à tout le moins porter les godillots, et attirer des voix: c'est toute une science, entre anatomie et physiologie.
Et là, on a un concept, qui, pour être nouveau, n’en a pas moins fait preuve de son efficience : l’ouverture, oui, l’invention politique du siècle, plus ou moins testée par Mitterrand et vite rangée au magasin des accessoires pour amuser la galerie, et ressortie fort à propos dudit magasin par notre Grand Pancrate, et tellement opératoire, le concept, qu’on peut le conjuguer à tous les modes, de la présidenteille à la communale, en passant par la cantonale. Et c’est ainsi que l’on voit des secrétaires de section socialiste s’enrôler sous la bannière d’une icône umpéteuse ( bon, bien sûr, c’est Nadine, Nana la murène, comme paraît- il l’appellent ses (faux-)confrères, et allez, on n’est pas sûr qu’on ne se laisserait pas séduire…), un presque maire de gauche de la Perle des Pyrénées succomber à la tentation des sirènes adroites ( à droite), un quarteron de socialistes s’engouffrer dans le filet tendu par le bon maître de la Cannebière, on en passe et des meilleures, et ça se fait un peu dans les deux sens. Et l’idéologie, dans tout ça ? Allons, pas de gros mots, soyons P-R-A-G-M-A-T-I-Q-U-E-S, dans l’intérêt du peuple, « pour la défense des intérêts communaux ». On peut mettre tous les adjectifs qu’on veut après « intérêts », c’est l’immense beauté de la grammaire. Ou alors, on peut utiliser une expression que le bon peuple, celui qu’on consulte de temps en temps parce qu’on ne peut pas faire autrement, à moins de dissoudre le peuple : « aller à la soupe ». Et dans ce cas-là, la soupe, elle est bonne, et on ne la sert pas dans les restaus du cœur.

14.12.2007

La dame de onze heures

Serait-ce comme le bouillon, que l'on disait envoyer ad patres les malheureux imprudents qui le buvaient, en quête d'un réconfort biblique? A l'heure où s'aiguisent les couteaux à la veille du Grand Combat Municipal, les champions et championnes font leur premier tour de lice. Et à Perpignan, pour ne pas être en reste avec la coutume nationale au sein du Parti Socialiste, on va envoyer au combat - En un combat douteux?, murmure Papy Ernest entre deux cuites, sur l'île de paradis où il cuve en rigolant avec Bogart, Camus, Mailer et quelques autres- l'un contre l'autre, deux guerriers accoutumés, ou plutôt un guerrier et une guerrière, Jean Le Bon et Jacqueline la magnanime. Et advienne que pourrra, quand auront coulé le sang et les larmes! Pourquoi? Mystère et boules de picoulat! En face, chez les Umpéteurs ( ou Umpéteux, je ne sais...), on se délecte: il n'y aura plus qu'à ramasser les morceaux et les porter au recyclage dans la-grande-usine-que-l'univers-entier-nous-envie, du côté de Calce, joyau caché au coeur des contreforts des Corbières, et joyau un peu abîmé par la grande verrue de métal et de béton, mais enfin c'est pour le bien des générations futures. Donc, maintenant, c'est l'heure: la belle dame venue d'ailleurs contre le bonhomme sachant chausser. Qui gagnera? Y aura-t-il des alliances incongrues? Des retournements? Des péripéties? Des coups de théâtre? Un Kagemusha en Catalogne du Nord? Il se passe toujours quelque chose à gauche, en Catalogne. Et partout. A droite aussi, d'ailleurs, et cela fera une autre histoire. Quant à savoir qui perdra, c'est déjà tout vu, et ce n'est pas du futur: le bon peuple a perdu, cette populace tantôt muette tantôt vociférante, qui n'en peut mais, et continue malgré tout à aller à la mine, en maugréant parce que bien sûr il faut manger, qu'il y a plus malheureux sur terre et que les olives, par exemple, ont augmenté de 52 % entre 2004 et 2007: à ce prix-là, prendre l'apéritif devient un luxe d'émirat pétrolier!

09.12.2007

renarde argentée?

Ah, Lagarde, Madame Lagarde, Christine Lagarde! Notre ci-devante ministre de l'économie. Sortie du chapeau du Galouzeau pour entrer dans celui de Sarko. Impeccable, irréprochable, infroissable, avec ses tailleurs d 'extrême classe, ses foulards aux coloris si chatoyants, son allure - allez, oui, n'ayons pas peur des mots! - d'aristocrate, ses cheveux d'argent au vent. L'inventrice de la véloconomie: si vous n'avez pas de quoi vous payer de l'essence, pédalez, et vogue la galère à pédales. Pendant ce temps, le prix du litre s'envole comme une mongolfière emportée par la tramontane,et le citoyen ordinaire réduit ses déplacements ou rogne sur autre chose pour alimenter la si précieuse chose automobile.
Mais elle, notre distinguée minsitre, paie-t-elle l'essence qu'elle consomme? Y va-t-elle de son écot, quand, lors de ses déplacements, sa voiture et celles de sa suite doivent inévitablement, s'arrêter pour faire le plein ( quoique tout doit être prévu, dans les parcs automobiles ministériels.)?
Allez, la question est insidieuse. On roule pour la nation et sa plus grande gloire. Et les autres, le peuple d'en bas ( étrange pléonasme), il peut joindre l'utile et l'agréable: retaper un vieux biclou ( bricolage), désencombrer les rues ( urbanisme), sauver la planète des gaz délètères ( écologie), entretenir sa forme ( santé publique) , dévoiler ses formes ( esthétique, et l'on rêve d'une petite balade à ses côtés, à notre fantasme ministériel,vélo contre vélo, embarquons nous pour Cythère) enrichir la littérature du vélo ( culture): il n'y a donc que des avantages à cette invite d'en haut à ceux d'en bas: faîtes du vélo, braves gens, il en restera toujours quelque chose!

03.12.2007

Madone

qu'est ce qu'elle nous a fait, Ségolène? Ou peut-être qu'est ce qu'elle ne nous a pas fait? je n'ai pas un grand souvenir de son passage au ministère de l'enseignement scolaire ( c'est comme ça que ça s'appelait,le machin, non?) parce que devant elle il y avait le mammouth, et que tout le monde sait que celui ci n'écrase pas que les prix, mais tout le reste, y compris l'éducation nationale. Bon, tout cela est de la paléontologie et je ne lis plus Rahan depuis qu'il est édité par une maison appartenant à un dirigeant d'un grand club de rugby. Donc, Ségolène. A tout prendre, franchement, est ce que ça aurait été pire, mes petits camarades? Pouvoir d'achat, retraites, les djeuns des banlieuses, la flambée du pétrole ( ouh la la, la vilaine tautologie - à moins que ce ne soit un autre trope, eh trope toi-même!-que tout journaliste se doit de faire une fois dans sa carrière!), les escapades en yatch, et voila-t-y pas en plus que ETA remontre hélas le bout de son nez meurtrier! Elle, Ségo, elle remontre aussi le bout de son nez,qu'elle a joli même si les commérages disent qu'il est refait ( quelle star, hélas, n'a pas eu cette faiblesse? Et Cléopâtre aujourd'hui aurait consulté chez un chirurgien esthétique) et je ne puis m'empêcher de fondre. Quand même entre Lionel l'austère , Lolo le divn chauve, et Ségo, sans faire du sexisme basique, franchement, et esthétiquement, tout de même, tout de même! Comme le dit BHL, à qui il peut arriver d'avoir raison, elle est belle, Ségo. Et il s'y connait, le Bernard, en Belles, avec son Arielle inoxydable! Alors, elle est ambitieuse, et même rancunière, populiste, et ceci et cela. Nulle, ont dit, disent et diront beaucoup, surtout les hommes. Bon, pour être président(e), de l'ambition, il en faut un minimum. Quant à la rancune, avec tout ce qu'elle a pris sur ses épaules, qui sont divines, on peut comprendre qu'elle ait envie parfois de gifler : ça soulage! et pour le populisme, oui, j'en redemande: c'est tout de même le souci du peuple, non, le populisme? Et si c'est du Chavisme, repourquoi pas: ne vient-il pas Hugo le bien burné de reconnaître son échec au référendum: populiste, alors: cela n'en fait pas un dictateur,non?Allez, je divague, et je sors de mon propos. Une autre fois, peut-être on pourra reparler de l'avenir du socialisme avec Ségo.Mais aujourd'hui, parce qu'elle sort un livre que je ne lirai pas, les bazookas sont ressortis. Et qui donne l'ordre de tirer aux porte-flingues qui s'en donnent à coeur joie dans ce qu'on appelle toujours la presse?

30.11.2007

Question de cours

Qu'est ce qu'un pouvoir autoritaire? C'est un régime qui n'est pas encore une dictature, qui ne le deviendra peut-être jamais, mais qui n'est plus tout à fait une démocratie et qui n'est plus vraiment une république.Un régime où il y a un homme fort, le plus souvent démocratiquement élu, donc légitime, appuyé par une majorité silencieuse et obéissante, avec un gouvernement de serviteurs qui sont de bons exécutants, ce qui l'entraîne à exercer le pouvoir de façon solitaire, avec la certitude de l'infaillibilté. Un sytème où tout dépend donc du chef, qui décide, récompense et et punit et qui se construit une tour d'ivoire autour des ministères régaliens, la défense, l'intérieur et la justice.Un régime de monarchie sans trône ni noblesse, avec un monarque visionnaire et quelques conseillers proches, qui ne sont pas élus par le peuple, mais choisis par le monarque, qui ne dépendant que de lui, et ont la main sur les ministres et les ministères: un gouvernement de l'ombre qui ne dépend que du monarque et ne rend compte qu'à lui. Le XXème siècle a donné de bons exemples de ce système, et le XXIème continue dans cette voie. Les pays de l'Est, de l'ESt européen semblent bien entrer dans cette catégorie, avec par exemple la Géorgie et sa dérive, et bien sûr la Russie, qui semble basculer dans une dictature maquillée, avec réappropriation par exemple des richesses nationales, comme le gaz, ou le pétrole ( mais ça, après tout, n'est ce pas une bonne chose, plutôt que de les brader au privé, comme nos autoroutes?), sans parler de la Serbie ou de la Croatie. Plus loin, Chavez peut-être incarne ce type de pouvoir, qui peut - c'est le cas- rester très populaire auprès des "masses populaires" ( Ah, Georges Marchais...) Et la France? Eh bien voilà un bon sujet de réflexion, d'analyse, de méditation: où en sommes-nous? le temps est suspendu.

28.11.2007

Dadu ron ron

Emmener sa mère en voyage est une attention touchante, mieux, un pieux acte d'amour filial. Et quand, en plus, on peut lui chanter quelque chose qui ressemble à l'immortel tube de Johnny, que dire? Donc,Nicolas voyage en famille. Bon, il en manque une, partie vers d'autres cieux, d'autres lieux, ou plutôt d'autres dieux, et, qui sait? d'autres vieux. J'aurais aimé faire ça, emmener maman au boulot. Elle se serait mise au fond de la classe, en tricotant peut-être, de temsp en temps m'aurait regardé, avec ses yeux d'hiver en Cerdagne et son ineffable sourire. Et peut-être le miracle se serait produit, dans le temps suspendu, mes élèves, mécaniciens, électriciens, et autres commerciaux auraient communié un moment dans le charme infini de la bonté maternelle et de la musique des sphères, la poésie que j'ai essayé d'amener, ou d'apporter, je ne sais. Nostalgie et regret. Et retour sur terre. Plus que jamais, notre monde est cassé. L'anesthésiste médiatique Alain Duhamel, brave homme s'il en est, courtois, empathique, poli jusqu'au lisse, dit que la lutte des strates a supplanté la lutte des classes. Paroles, paroles, comme disait notre si chère Dalida, reprenant, sans le savoir peut-être, le "words,words,words" du grand Will de Straford sur Avon. Où tu vas chercher les strates, eh Alain? Et tu sais où tu peux te les mettre? Elles sont là, les classes. Et classe contre classe, il n'y a qu'à voir. Bien sûr, plus au Sud qu'ici dans notre douce France. Mais quand même! Les banlieues brûlent à nouveau ( s'étaient-elles jamais éteintes?), les étudiants contestent ( quand même!), les travailleurs grèvent, pour ceux qui peuvent, ou crèvent, pour les autres. Et en haut, ça se goberge, ça se goinfre, ça se vautre, ça flambe, ça muscule ( Ah les porte-parole de l'Elysée et du gouvernement, c'est pas possible, ils le font exprès, dans la caricature, on peut difficilement aller plus loin, entre le calamistré et l'ondulé! rendez-nous Nadine! Elle profère des horreurs, débite des âneries, enfile des énormités, énonce les pires des insanités de la bourgeoisie confite, mais coupez le son et regardez-la: elle, au moins, elle a ça: quand elle est muette, elle est adorable, merveilleuse, céleste, dans ses tailleurs chers comme une navette spatiale!)
L'autre soir, sur une chaîne qui s'autoproclame "chaîne info" ( ce serait à mourir de rire, presque, si ce n'était pas aussi triste à pleurer), il y avait un conseiller spécial du président, notre Omnitotus . Un certain Soubie. Il officiait sous Giscard, peut-être sous Pompidou, voire sous Thiers ou Louis-Philippe. Etrange.Extra-terrestre. Et cet aplomb phénoménal pour justifier la non moins phénoménale augmentation de Notre Président. Et encore, disait-il, ce n'est pas assez. A ce degré, ce n'est plus de l'admiration, ni même de la courtisanerie ou de la flagornerie. C'est même au delà de l'abnégation. J'hésite entre le fanatisme et le martyre ( mais c'est bien voisin). Avec bien sûr cette inévitable couche de cynisme hypocrite. Qu'est ce que tu vas dire, face lunaire aux djeuns des banlieues, qui ont le choix entre rien au RMI ou beaucoup dans le trafic, quand ils savent comment on peut s'approprier en toute impunité et sous les vivats de la foule aux arènes les richesses de la République. Je m'égare. Je m'agace, surtout. Parce que la Nation part en lambeaux. Parce que je n'ai jamais pu inviter ma mère en voyage officiel. Parce que la Restauration est en marche, et que l'ombre de Charles X accopagne les pas de Nicolas Ier. Alors assistera-t-on au retour des "carbonari"? Gare: Napoléon III se cachait parmi eux, et on sait comment il a confisqué la France!

09.11.2007

Etat d'urgence?

Où s'est perdu notre ministre des affaires étrangères?En Irak? Au Darfour? Quelque part dans le maquis? Au fond de quelque canal oublié le long de la mer de l'indifférence? Où a-t-il cassé sa voix, ce héraut pourtant si loquace, il y a peu? Où est notre Saint Bernard des rizières?
Et pendant ce temps, notre Président visite les grands ce ce monde accompagné de deux minsitres de charme, Rachida et Rama. Il y a bien sûr plus vilaine compagnie. Mais tout de même le mystère demeure: où est donc Bernard le valeureux?

02.11.2007

gros lot

Ainsi, notre Président a décidé - a fait décider, habileté suprême, et voter, onction démocratique- une augmentation de... de quoi, au fait? le salaire? la rémunération? la liste civile? le revenu, tout simplement. Et cela de pas moins de 140%. En ces temps de disette, au moment où le Premier Ministre, en Pierrot triste, dit haut et fort être à la tête d'un Etat en faillite, cela ne manque pas de sel: occupons-nous de nous pendant que le bateau coule! Et ce n'est pas tout: le budget du Palais est multiplié par trois! Pendant ce temps, ce même Etat refuse la moindre revalorisation de pouvoir d'achat à ses propres fonctionnaires, qui sont pourtant - avec tant d'autres travailleurs ordinaires- le sel de la terre, rogne sur des pensions de retraite déjà bien mises à mal, instaure des franchises médicales préjudiciables bien sûr à ceux qui travaillent beaucoup pour gagner peu, met en place des taxes écologiques qui, de fait, seront payées par les consommateurs, c'est-à-dire, encore une fois, les citoyens ordinaires, envoie ses forces régaliennes évacuer les sans -logis sans espoir qui campent tant bien que mal dans les rues de la Ville-Lumière( ça fait tâche!) Alors, bien sûr, il y a, à cela, toutes les bonnes raisons du monde tel qu'il va, et, après tout, voir et entendre Nadine Morano, modèle de Vénusté rimbaldienne qui nourrit tant de fantasmes, justifier de telles pratiques, demeure, quoiqu'on en ait un moment de joie spacieuse. Reste qu'on relit sans cesse Montesquieu, et ses propos d'airain sur la vertu fondatrice de toute démocratie. Ainsi va la vie, dans notre bonne République, où il fait, envers et contre tout, bon vivre.

01.11.2007

Le carrosse d'or

Le Président ,sa Cour et leur grand caravansérail se sont rendus en Corse pour célébrer leur avènement et leur contentement, et tenir grand Conseil. Cela rappelle les fameuses "Entrées" que faisaient les souverains, aux temps déchirés de Catherine de Médicis et de ses enfants terribles ( Allez, faîtes vous plaisir, repassez-vous en boucle l'immense film crépusculaire et solaire à la fois de Patrice Chéreau, La Reine Margot!). Et la prochaine auberge sera peut-être à la Jamaïque, à moins que ce ne soit à bord du " Sovereign of seas" ( " ne m'appelez plus jamais France", chanta jadis l'ombrageux Michel). A les voir, tout ébaubies, si contentes d'être là, toutes ces excellences, avec leur bronzage quatre saisons, ce teint soigneusement hâlé, ces impeccables brushings,ces parures de grands faiseurs, on se dit qu'on s'est trompé, qu'on est dans un film d'opérette, du côté d'Hollywood, dans les années 50, avec Charles Boyer et les Marx brothers. Mais non! c'est aujourd'hui, dans la Nation de la Constituante, dans la République des Résistants. Cinq Airbus, mille cinq cents sicaires, l'interdiction de manifester ( pour les Corses! autant essayer de vider la mer avec une petite cuillère!): ce n'est plus le retour des privilèges, ce n'est plus la machine à remonter le temps avant la Nuit du 4 Août, c'est l'abus et le détournement du Bien Commun. Et quand vous ajoutez à cela des badinages sur le mauvais temps qui au moins empêchera qu'on dise que nos Princes sont venus chercher le soleil, vous vous dîtes que ce Pouvoir-là n'a pas oublié le peuple: non, il l'écrase tout simplement.
Verlaine a écrit, dans l'un des ses magnifiques ( lequel ne l'est pas?) poèmes:
" L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable...
L'espoir luit comme un caillou dans un creux...
Ah quand refleuriront les roses de septembre?"
Aujourd'hui, l'étable est grande, il ya peu de paille et elle a terni; le creux est profond, le caillou petit et boueux, et nous avons oublié nos 4 septembre, pour n'en faire que des noms de rues.
Et où sont nos Voltaire, nos Marivaux, nos Beaumarchais? Où est passé Hugo?

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