03.02.2008

IMPASSE DES SANS-SOUCIS

Au village, il y a une rue qui est une non-rue, une absence de rue, un idéal de rue. Cette rue, tracée, urbanisée, empierrée, rouleau-compressée, gravillonnée, prête à être elle-même, c’est-à-dire une rue, reste pour l’heure à l’état de terrain plus ou moins vague, d’une terre plus ou moins battue, d’une larve de rue impatiente de devenir un papillon de rue, pleine qu’elle est de trous, d’ornières et de chausse-trappe en tous genres- les vélos en frissonnent quand d’aventure leurs hardis chevaucheurs s’y aventurent !- débouchant sur nulle part, c’est-à-dire en face d’ un semblant de mur, un murillon berlinuscule surmonté d’un vrai grillage avec une ouverture mal aisée pour les piétons et cyclistes qui doivent gravir un degré et enjamber l’ersatz d’un canal.
Et pourquoi cette rue inachevée, ce chemin interrompu, cette incertitude dans le réseau rassurant des voies et chaussées de mon si joli petit village ? Eh bien, peut-être, à ce qu’il paraît, selon ce qui se dit, parce que les riverains( de la rue qui n’est pas encore une rue) ne souhaitent pas que la rue devienne une rue, veulent qu’elle reste une non-rue, comme qui dirait une impasse, où les riverains en question ne verraient pas passer devant leur demeure les incessants convois des villageois transhumant du nord au sud du village.
Et ainsi lesdits riverains, ils voient leur espace vital préservé, leur terrain vague vaquer, et leur ruelle mystérieuse préservée des miasmes morbides de la grouillante agitation des hommes. Les riverains, ils sont trois. En fait, ils sont un. Un face à 3000. on n’est pas aux Thermopyles, mais presque. Mais la rue reste une non-rue. Les 2999 autres font un petit détour ( allez, n’exagérons rien). Un jour, peut-être, comme toute chrysalide, la rue s’épanouira et s’ouvrira enfin. La République aura gagné un peu d’espace, la démocratie un peu de temps. Un jour. Peut-être. Mais rien ne presse. Et il fait toujours bon vivre dans mon cher petit village.

02.02.2008

Versaillais et Guevara

Il y a dans mon village une rue qui porte le nom du sérieux tueur de Paris, de l’assassin des Communards, du fossoyeur de la Commune. Ce sinistre personnage s’appelait THIERS. Il était historien, politicien et ventru. Nul ne doute qu’il fût républicain. Mais certainement pas démocrate, et alors, encore moins communiste. Et pour longtemps si Versailles brille de l’éclat que lui donna le Roi Soleil , « Versaillais ! » sonne comme une insulte. Et plus personne ne s’appelle THIERS. Si. Une rue de mon village. Autrefois, quand le chemin de fer était vraiment un bien public au service de la Nation, et que chaque village avait sa gare, elle s’appelait, la rue, Avenue de la Gare. Maintenant, c’est la rue Thiers. On pourrait aller jusqu’à l’appeler, en ces temps de réaction, « la rue des Versaillais ». Mais non, je sais que dans leur grande sagesse, les édiles, quels qu’ils soient, qui présideront à la destinée de mon si joli petit village auront la bonne aventure de trouver le nom qu’il faut à cette rue, et c’est très simple, il suffit de l’appeler : la RUE DE LA COMMUNE.